Chirurgie du pectus excavatum : options Nuss et Ravitch
La chirurgie du pectus excavatum corrige le thorax en entonnoir par Nuss ou Ravitch.
En tant que chirurgien cardiothoracique, j’ai accompagné de nombreux patients et leurs familles dans la prise en charge du pectus excavatum, une affection qui, bien que fréquente, peut susciter des inquiétudes à la fois esthétiques et fonctionnelles. Mon objectif dans cet article est de fournir une information claire et compréhensible sur cette affection, ses conséquences et les options de traitement offertes.

Qu’est-ce que le pectus excavatum?
Le pectus excavatum, aussi appelé « thorax en entonnoir », est une déformation congénitale dans laquelle le sternum et les côtes voisines s’enfoncent vers l’intérieur du thorax, créant un creux visible dans la poitrine. C’est l’anomalie la plus fréquente de la paroi thoracique antérieure; elle touche environ 1 enfant sur 1 000 et est quatre fois plus fréquente chez les garçons que chez les filles.
Les causes du pectus excavatum
La cause exacte du pectus excavatum n’est pas encore entièrement comprise, mais on la considère comme une anomalie congénitale du développement du cartilage costal. Dans la plupart des cas, le cartilage qui relie les côtes au sternum croît de façon anormale et repousse le sternum vers l’intérieur.
Même s’il n’y a pas toujours d’antécédents familiaux, on retrouve un schéma héréditaire chez jusqu’à 40 % des patients, ce qui suggère une base génétique. On a aussi observé une incidence plus élevée de pectus excavatum chez les personnes atteintes de certains syndromes génétiques du tissu conjonctif, comme le syndrome de Marfan ou le syndrome d’Ehlers-Danlos. Ce lien laisse penser qu’une faiblesse structurelle du tissu conjonctif pourrait contribuer à la déformation.
Présentation clinique
Les manifestations du pectus excavatum varient selon l’âge et la sévérité de la déformation :
- Petite enfance : elle peut être à peine perceptible ou se présenter comme un léger creux dans la poitrine.
- Adolescence : pendant les poussées de croissance, la déformation peut s’accentuer et devenir plus évidente.
- Symptômes associés : certains patients ressentent de la fatigue, un essoufflement à l’effort, des palpitations ou une douleur thoracique. Dans bien des cas, toutefois, la principale préoccupation est esthétique.
Diagnostic
Le diagnostic du pectus excavatum repose sur l’évaluation clinique et des examens complémentaires :
- Examen physique : il permet d’observer la profondeur et l’étendue du creux thoracique.
- Imagerie : une tomodensitométrie ou une IRM du thorax aide à quantifier la sévérité au moyen de l’indice de Haller.
- Évaluation cardiaque et pulmonaire : des examens comme l’échocardiographie et la spirométrie déterminent si la déformation nuit au fonctionnement du cœur ou des poumons.
Qu’est-ce que l’indice de Haller?
L’indice de Haller est une mesure utilisée en radiologie pour évaluer la sévérité du pectus excavatum, une déformation thoracique dans laquelle le sternum est enfoncé vers l’intérieur de la poitrine.
Comment le calcule-t-on?
On le calcule à partir d’une tomodensitométrie ou d’une IRM du thorax, en prenant deux mesures sur une coupe axiale (horizontale) :
- Diamètre transversal interne du thorax : la largeur horizontale du thorax, d’une côte à l’autre.
- Distance antéropostérieure : du sternum à la colonne vertébrale, au point le plus enfoncé du sternum.
Formule : indice de Haller = diamètre transversal interne ÷ distance antéropostérieure.
Valeurs normales et anormales
- Indice normal : environ 2,5 ou moins.
- Plus de 3,25 : considéré comme le signe d’un pectus excavatum sévère, ce qui peut constituer un critère de chirurgie correctrice, surtout en présence de symptômes respiratoires ou cardiaques.
Importance clinique
Un indice élevé indique que la poitrine est si enfoncée qu’elle pourrait nuire au fonctionnement du cœur et des poumons.

Options de traitement
Le choix du traitement dépend de la sévérité de la déformation, de la présence de symptômes et des préférences du patient.
1. Observation et exercice
Dans les cas légers et sans symptômes, surtout chez les jeunes enfants, on peut opter pour l’observation et des exercices posturaux et respiratoires afin d’améliorer l’apparence et la fonction du thorax.
2. Traitements non chirurgicaux
- Cloche à vide : un dispositif qui soulève progressivement le sternum par succion. Il est plus efficace chez les jeunes patients dont le thorax est encore souple.
- Physiothérapie : des exercices précis peuvent améliorer la posture et la capacité pulmonaire, mais ils ne corrigent pas la déformation structurelle.
3. Traitement chirurgical : techniques et détails
Lorsque le pectus excavatum entraîne des symptômes physiques importants ou des répercussions émotionnelles marquées, la chirurgie devient une excellente option thérapeutique. Au fil des ans, différentes techniques chirurgicales ont été mises au point, des approches ouvertes aux interventions mini-invasives, transformant le pronostic et la qualité de vie des patients.
L’intervention de Nuss (technique mini-invasive)
C’est actuellement le traitement chirurgical le plus utilisé dans le monde; elle est recommandée chez les jeunes patients dont le thorax est encore souple. On glisse une ou plusieurs barres métalliques courbes sous le sternum qui, une fois pivotées, repoussent le creux vers l’extérieur. La barre est fixée par des stabilisateurs et laissée en place de 2 à 3 ans.
- Avantages : approche mini-invasive, excellent résultat esthétique et durée opératoire plus courte.
- Points à considérer : elle peut causer de l’inconfort au début, et il faut éviter les sports de contact tant que la barre est en place.
L’intervention de Ravitch (technique ouverte)
Elle est indiquée chez l’adulte, dans les cas asymétriques ou les déformations rigides. Elle comprend une incision à l’avant du thorax, la résection des cartilages costaux déformés et le relèvement du sternum, stabilisé par une barre ou un treillis.
- Avantages : elle permet une correction structurelle directe et donne de meilleurs résultats dans les déformations complexes.
- Points à considérer : un rétablissement plus long et une cicatrice plus visible.
Résultats comparatifs dans la littérature médicale
Les études comparatives ont montré que les interventions de Nuss et de Ravitch ont toutes deux des taux de réussite supérieurs à 90 % pour corriger le défaut. L’intervention de Nuss, moins invasive, est mieux acceptée sur le plan esthétique et plus courte, mais elle peut s’accompagner d’une douleur postopératoire initiale plus importante; la cryoanalgésie a aidé à atténuer cet effet. L’intervention de Ravitch, quant à elle, donne de bons résultats à long terme, surtout chez l’adulte ou en cas de calcification costale, mais elle exige des hospitalisations plus longues et comporte un risque chirurgical légèrement plus élevé. Le choix entre les deux doit reposer sur des facteurs individuels comme l’âge, la sévérité, la symétrie de la déformation et les préférences du patient.
Pectus Up (taulinoplastie)
Une technique récente et moins invasive, mise au point en Espagne. Elle utilise une plaque métallique externe fixée au sternum qui relève progressivement la déformation, sans avoir à pénétrer dans la cavité thoracique.
- Avantages : moins de douleur postopératoire et un rétablissement rapide.
- Points à considérer : elle est indiquée chez les enfants et les adolescents dont le thorax est souple, et elle est peu répandue.
Innovations : la cryoanalgésie intercostale
Une technique complémentaire de prise en charge de la douleur. Elle consiste à appliquer un froid extrême aux nerfs intercostaux pendant la chirurgie afin de réduire la sensibilité pendant plusieurs semaines. Elle améliore le confort postopératoire et réduit le besoin d’analgésiques.

Pronostic et vie après le traitement
La plupart des patients constatent une nette amélioration de l’apparence de leur thorax et, dans les cas symptomatiques, de leur fonction cardiaque et pulmonaire. L’estime de soi et la qualité de vie s’améliorent généralement de façon notable après le traitement.
Même si la chirurgie corrige la déformation, un suivi médical est nécessaire pour surveiller le rétablissement et détecter d’éventuelles complications. Dans bien des cas, il faut retirer le matériel implanté lors de la chirurgie correctrice; on le fait généralement des années plus tard.
Conclusion
Le pectus excavatum est une affection qui se traite, et les options thérapeutiques ont beaucoup évolué, offrant des solutions efficaces et moins invasives. Si vous ou votre enfant êtes atteints de cette affection, je vous encourage à consulter l’un de nos spécialistes pour déterminer la meilleure option de traitement selon votre cas.






